La réforme du congé parental…

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… Où comment brûler des acquis sociaux sur l’autel du déficit national… 

Au nom de l’égalité homme-femme, le 3 juillet dernier, un projet de loi sur la réforme du congé parental a été examiné. Qu’est ce qui va changer ?

A l’heure actuelle, le congé parental dure jusqu’aux 3 ans de l’enfant à partir du 2ème enfant et 6 mois pour le 1er enfant. Il peut être pris par l’un ou l’autre des parents, celui s’arrêtant de travailler pour élever ses enfants touchera la somme dérisoire de 573 Euros par mois pendant toute la durée du congé (qui peut être évidemment raccourci pour ceux qu’ils le souhaitent).

Pour plus de 95% des couples, c’est Madame la Maman qui s’arrête. Pourquoi ? par choix, «tradition sociétale », mais aussi parce que son salaire est généralement le plus bas des deux dans un pays où il est illusoire de penser que la parité homme femme est au goût du jour.

Quoiqu’il en soit, il semble logique que cette décision se prenne au sein du couple, du foyer, en fonction des envies / choix / possibilités de chacun.

MAIS CA C’ETAIT AVANT !

Car l’état a construit une nouvelle réforme qui choisit à notre place ce qui sera le mieux pour nous.

Dorénavant, le congé parental durera 3 ans SI ET SEULEMENT SI Monsieur choisit de s’arrêter 6 mois à son tour. S’il ne peut pas / ne veut pas, le congé durera 2 ans ½.

Les arguments officiels ?

Que la précarité des femmes en terme d’emploi ne soit pas creusée… C’est vrai quoi, parce qu’entre  2 ans ½ et 3 ans il y a une énorme différence. En plus, certaines femmes ne trouveront pas de gardes d’enfant pour ces 6 mois et devront prendre un congé sans solde pour assurer elle-même cette fonction… sans avoir l’assurance de retrouver leur poste initial, évidemment… Rooo quelle mesure géniale alors, pour lutter contre la précarité, précarisons encore plus !

Que les hommes s’investissent d’avantage dans l’éducation de leurs enfants…Ah oui, c’est vrai que c’est totalement utile vu qu’ils avaient déjà le choix de prendre ce congé avant la réforme ! Si les hommes ne le prennent pas, c’est soit qu’ils ne le souhaitent pas (et dieu merci c’est leur droit, tous les papas n’ont pas une fibre de mamans !) soit qu’ils ne le peuvent pas. Car soyons clair, prendre 6 mois à 573 Euros, c’est perdre en général plusieurs milliers d’euros… Ce qui est aujourd’hui ingérable pour la majorité des foyers français !

Ce qu’il risque de se passer réellement ?

Les femmes continueront de prendre le congé parental pendant 2 ans ½. Les chanceuses qui trouveront une place en crèche où dont les revenus permettront à Monsieur de s’arrêter en profiteront comme l’Etat le prévoit… Ce sera big fiesta, aspirateur passé par Papa, Maman qui s’épanouit le top au taf, Babychou d’amour qui sent cette épanouissement total… que du bonheur.

Pour d’autres, madame (ou monsieur) prendra le congé parental pendant 2 ans ½. Puis un congé sans solde pendant 6 mois en attendant l’entrée à la maternelle car trouver un mode de garde pour une période de 6 mois en France est juste quasi impossible. Avec un peu de chance, elles pourront retrouver leur emploi après cette période, sinon elles iront s’ajouter au nombre de chômeurs qui n’a jamais été aussi important qui augmentera encore et encore.

Certaines personnes raccourciront volontairement la durée de leur congé à 2 ans pour pallier aux risques de « gestion de l’intendance »… En effet, trouver une garde d’enfant pour 1 année complète est beaucoup plus réalisable que pour 6 mois…

Ce que l’état va gagner :

2 300 € * par famille dont l’un des deux parents ne prendra pas ce congé global, voire d’avantage si le couple choisit de réduire la durée afin de pallier aux problèmes de gardes… soit plusieurs milliards d’euros annuels à partir de fin 2016 (la loi commençant pour toutes les naissances à compter d’avril 2014)

*Calcul basé sur le versement du complément du libre choix d’activité qui n’aura pas à être versé par la CAF

Ce qu’il aurait fallu envisager :

Une revalorisation de la rémunération du congé parental. En Allemagne par exemple, le congé parental dure 1 an dont 2 mois « réservés au père »… mais sur la base de 67% du salaire (plafond 1800 € mensuel), et non pas 50 % du SMIC au total en France.  Si c’était le cas en France, je suis persuadée que beaucoup plus d’hommes et de femmes choisiraient de prendre un congé parental.

– Trouver des solutions pour pallier aux manques de place en crèches

Continuer de laisser le choix de la durée, de la personne qui prend le congé… bref, laisser les décisions revenir à la cellule familiale et non à l’état !

–  Augmenter les contrôles et menaces aux entreprises qui ne respectent pas l’égalité des salaires/des postes/des évolutions (l’écart est toujours de 20% sur les salaires)… A poste et salaire égal, nul doute que plus d’hommes prendraient d’eux même ce congé !

Ce qui me met en colère :

Cette impression d’être prise pour une c**** au nom de l’égalité homme femme. Clairement la parité homme-femme en France, on en est très loin, et pour l’attendre ce n’est pas pertinent de passer par une telle mesure…. Elle ne règlera pas ce problème mais permettra à l’état de se faire du blé sur notre dos et d’ôter la sérénité de toutes les mamans qui choisissent (et avec le peu de reconnaissance sociale que ça implique !) de rester à la maison pour élever leur enfant.

La fameuse Parité commence par la reconnaissance des femmes dans leur travail. De les payer comme les hommes. De leur donner la possibilité de choisir parce que des solutions sont à dispositions (mode de garde, soutien social…).

Quand j’ai passé mon entretien d’embauche, on m’a clairement demandé si je pensais faire un deuxième enfant rapidement « non, mais on sera très heureux pour vous, mais vous comprenez dans votre profession, c’est compliqué de partir en congé avant d’avoir pu se faire sa place ». Ma collègue femme s’entend demander par notre chef si elle compte « partir sur une longue durée prochainement, genre congé maternité…. Non mais c’est juste pour gérer les plannings »… On ne demande JAMAIS ça aux hommes. Pas de pression pour savoir ce qu’il se passe dans leur utérus ! Et en prime, une petite augmentation annuelle pour fêter ça !

Le petit truc qui pousse dans notre méga génial utérus et qui devient Babychou d’amour, on ne l’a pas fait toute seule ! Mais on finit par le gérer toute seule, parce que ni la société, ni les réformes pourries ne laissent le choix aux hommes de nous soutenir où au système de se montrer adapté aux réels besoins des femmes d’aujourd’hui….

Pour plus d’informations :

Article de LCI / TF1 

Article de RTL Actu 

Article du Nouvel Obs 

 Pétition contre la réforme du congé parental qui a eu lieu avant le 3 juillet… signez toujours… on ne sait jamais… 

 

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7 réflexions sur “La réforme du congé parental…

  1. Aline dit :

    c’est un bon résumé de ce que je pense aussi… même si dans mon cas (agricultrice), congés parentale ne rime pas forcement avec remplacement au travail… je sais de quoi je parle… Courage aux mamans et papas!!

  2. Sandra dit :

    C’est clair que dans l’agricole, il y aurait aussi des progrès à faire aussi… que ce soit pour les arrêts maladies, les congés parentaux où le remplacement coûterait beaucoup trop cher… Argh courage à toi aussi! Et que la force soit avec nous :-)

  3. Steven dit :

    Ce qui est terrible, c’est que cette réforme nous revient aux oreilles et nous révolte (et c’est justifié). Mais combien de réformes se font silencieusement sans qu’on ne puisse agir!!!

  4. BG dit :

    Oui, pour lutter contre les inégalités entre sexes, il serait déjà bcp + efficace d’inciter (dommage de devoir inciter mais vu que l’écart se réduit à grand peine…) les entreprise à réduire l’écart phénoménal des 20% (en moyenne !!!, vous imaginez, comme il y a quand même des boîtes qui respectent l’égalité salariale « OUF », ça veut dire que d’en d’autres on atteint des sommets de non reconnaissance…) entre les salaires F/H plutôt que de pondre des réformes dont le but sournois est de réaliser des économies et dont l’effet insidieux est de renforcer la précarité, et le tout sur le bon dos de la réduction des inégalités justement (quelle hypocrisie, c’est énormissime…).
    Mais c’est très « compliqué » d’augmenter les contrôles et menaces aux entreprises qui ne respectent pas l’égalité H/F car sans parler de lobbying énorme, derrière on retrouve le spectre de la compétitivité des boîtes « made in france » (c’est clair !!! payez moins bien les femmes et vous serez compétitifs !! quel concept précurseur et intelligent !! quelle barbarie mdr).

    Car pour bcp de boîtes, il reste plus rentable de :
    – déjà prendre le risque d’un contrôle,
    – ensuite d’avoir l’amende (vu qu’il suffit souvent de montrer intelligemment ou d’écrire dans un bilan social que « des efforts seront réalisés en ce sens », que « des discussions sont en cours » ect) pour repousser l’échéance.
    – de payer l’amende : 1% de la masse salariale, pour une entreprise de 50 salariés (effectif minimum à partir duquel les sanctions sont applicables : déjà c’est trop gros!) si un salarié coûte environ 60 000 € chargé ça fait 30 000 € d’amende : si on a 25 femmes dans cette entreprise, avec l’écart de 20% sur le salaire moyen, ça veut dire que l’entreprise économise environ 300 000 € (voir plus car économies de charges) à moins bien payer les super mums et les futures super mums !! ça reste « hyper intéressant » = « gain net » 270 000 €.
    Les entreprises n’ont peut être pas besoin de contraintes supplémentaires vu les lourdeurs administratives françaises, elles n’ont peut être pas besoin d’amende au vu de la conjoncture actuelle…ect mais après tout, pour les entreprises où il n’y a pas d’écart entre les salaires F/H, aucun pbm, aucun risque ? non ? donc no streeeess 😉 et pour les autres, c’est bien dommage d’être amené à être obligé de réduire un écart qui n’a pas lieu d’être.

    • Sandra dit :

      Bonjour BG (Beau Gosse? Bad Guy?)
      Tout d’abord merci pour ce commentaire très complet, je pense que la plupart des gens ne savent pas ce qu’il en est des lobbying, du fonctionnement des entreprises françaises en terme de compétitivité et de stratégies (notamment en terme de gain économique de la différence de salaire des hommes et des femmes).

      Je pense malheureusement qu’en plus de tout ce que tu as cité, on continue d’enterrer les femmes sous le sceau de la culpabilité féroce… Et plus le statut professionnel augmente, plus grosse est la culpabilité… Il a été démontré que les femmes cadres s’arrêtent moins longtemps pour élever leurs enfants… Pourquoi? certes, il y a cette fameuse perte de revenus mais aussi la pression des employeurs, le fait de savoir qu’on risque de ne pas évoluer dans notre poste ni dans notre salaire… Mais aussi sa propre culpabilisé de s’arrêter… Je cite ma collègue (qui finira par se reconnaître si un jour elle lit se blog) « nan mais j’ai pris que 2 mois 1/2 après la naissance de mes enfants, car bon je suis tombée enceinte peu de temps après avoir été embauchée pour mon 1er, et peu de temps après être revenu du 2ème »…
      Auto-culpabilité qui va grandement influer sur ses enfants finalement… Alors que ce serait à l’entreprise d’être réactif et de prévoir et de former du personnel de remplacement au lieu de faire croire que « si tu prends 6 mois/1an/2 ans, on ne va jamais s’en sortir »… Manipulation pour faire croire à quelqu’un qu’il est indispensable, le pousser à prendre des décisions qui vont à l’encontre de son bien être personnel… Par contre, le jour ou cette personne n’est plus productive, qu’elle a été tellement pressée comme un citron qu’il n’y a plus de jus, on va trouver un moyen de la licencier tranquillement….

      Bref….

      • BG dit :

        BG…un peu des 2 probablement ? 😉
        Oui, des progrès énormes sont à réaliser sur ce que tu viens de citer…car c’est ce qui est le + vicieux dans l’histoire : essayer et parvenir à faire culpabiliser les autres pour qu’ils prennent des décisions pas forcément cohérentes avec ce qu’ils souhaitaient le + au départ…
        C’est le grand art de la manipulation qui consiste à installer un doute/une culpabilité, à l’entretenir et faire en sorte que tout cela se développe au fur et à mesure afin d’influer « indirectement » sur les choix personnels, choix qui vont ensuite forcément impacter la vie privée…d’où l’intérêt de savoir repérer cette manipulation pour parvenir à s’en protéger, comment ? en échangeant, en partageant, en essayant de prendre du recul par rapport à son travail, ses clients, en se détachant des menaces, des flatteries, des discours faussement adaptés, des illusions de liberté/d’autonomie/des changements arrangeants annoncés mais sans cesse repoussés ect.
        Si les mecs peuvent bien faire un minimum dans tout ça, ce serait de s’attacher à briser ce sceau de la culpabilité féroce (pas si difficile finalement, il suffit parfois juste de rassurer, d’être présent, d’aider, de soutenir, de défendre, de se battre…).

        Comme tu dis « bref » car il y aurait tellement à dire !!

  5. Sandra dit :

    Tu as raison, une partie de la solution est dans l’échange et dans la prise de recul… Ne pas se laisser atteindre par des manipulations, même si elles ressemblent à prime abord à des flatteries dont nos égos sous dimensionnés de femme multitaches ont bien besoin… Et puis partager, OSER parler, échanger, dans la vraie vie ou parfois sur les forums… Ca aide à remettre les choses à leur place finalement.

    Ce que je trouve triste aussi, c’est que souvent pour avoir ce recul nécessaire, il faut aussi limiter son investissement émotionnel envers les autres… Et du coup ça veut dire qu’il faut faire rimer méfiance avec travail, avec hiérarchie, avec collègues de travail qui pourrait ne pas hésiter à nous enfoncer pour briller ou pour se protéger…
    Bref, drôle de monde quand même…

    Et puis, ce qui est vicieux aussi, c’est le rôle des hommes dans tout ça…. Ces hommes ont des femmes, des filles, des mamans qui vivient/ont vécu/vivront ce type de situation… Ils ont un rôle bien plus important que de « ramener le + d’argent dans le foyer »…
    Ces mêmes hommes sont parfois des chefs qui vont discriminer à leur tour les femmes, où sont des collègues qui ne décrieront (du verbe décrier, pas du verbe décrire lol) jamais ce qu’il se passe dans l’entreprise, voir qui profiteront du congé maternité/parental d’une supermum pour prendre du galon à son détriment…

    Bon, j’essaye de trouver les points positifs dans tout ça mais j’ai du mal, vraiment du mal…

    Allez, demain je lance un article bien bidon, léger, et qui ne sert à rien, histoire de bien démarrer la semaine :-)

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